Un agent de la fonction publique sur deux était en grève mardi pour revendiquer des augmentations de salaires. Parallèlement, le mouvement sur les retraites se poursuivait dans les transports (SNCF, RATP).
Plus de 50% de grévistes, des cortèges drainant des centaines de milliers de manifestants à travers la France, la mobilisation attendue dans la fonction publique sur le pouvoir d’achat a tenu mardi ses promesses. Pas étonnant donc que le gouvernement ait cherché à minimiser toute la journée les taux de participation aux grèves qui, selon le ministère de la fonction publique, ont atteint 30,12% des 2,5 millions fonctionnaires d'Etat. Appréciez la précision de ses estimations: 20,19% des agents étaient en grève au ministère de l'Economie, 49,26% au ministère du Budget, 38,82% au ministère de l'Education, 51,63% à la Direction générale des impôts, 44,89% à la Direction de la comptabilité publique et 19,57% au ministère de la Santé et des Sports etc. Autant de chiffres pour permettre à André Santini, ministre de la Fonction publique, d’affirmer «que 30% c'est une grève moyenne, c'est-à-dire que le mouvement est suivi, mais moins qu'annoncé». Inutile de préciser qu’ils sont en décalage total avec les chiffres des syndicats qui ont notamment dénombré 65% de grévistes chez les enseignants dans le primaire et 58% dans les collèges et lycées.
Quoi qu’il en soit, toutes sources confondues, ces taux sont les plus importants enregistrés depuis le long mouvement contre la réforme des retraites en 2003. Quant à la participation aux manifestations qui se sont déroulées un peu partout dans le pays, elle est tout aussi significative. Avec au moins 70.000 personnes, selon les syndicats, le défilé le plus étoffé s’est déployé à Paris. A Marseille, la manifestation a réuni 60.000 personnes. Ailleurs, les cortèges ont notamment rassemblé 35.000 personnes à Toulouse, 20. 000 à Lille, 10.000 à Perpignan, 25.000 à Bordeaux, 30.000 à Nantes ou 15.000 à Lyon. En tout, ce sont plus de 700.000 fonctionnaires essentiellement (accompagnés de cheminots et d'étudiants) qui ont manifesté mardi pour le pouvoir d’achat des salaires et l’emploi public.
«Oui, il y a un problème de pouvoir d'achat en France», a déclaré le Premier ministre François Fillon mais pour accuser «une croissance trop faible, le taux d'activité le plus bas des pays développés» et les 35 heures. «A quoi joue donc le gouvernement?», s'est interrogé Jean-Claude Mailly (FO), en rappelant que les fonctionnaires n'avaient eu «aucune réponse du gouvernement sur l'ouverture d'une négociation pour les salaires de la fonction publique en 2007 et aucune réponse lors de la conférence Emploi et pouvoir d'achat» du 25 octobre dernier. Bernard Thibault (CGT) a appelé de son côté le gouvernement à «créer les conditions pour des négociations» avec les fonctionnaires tandis que François Chérèque (CFDT) a rappelé qu’aucun accord salarial n’a été signé avec les syndicats de la Fonction publique depuis 1998. Alors que FO vient de lancer une campagne sur le pouvoir d'achat, Jean-Claude Mailly a promis des mobilisations interprofessionnelles sur cette question qui touche le public et le privé. Les syndicats de fonctionnaires se réuniront mercredi soir pour étudier les suites à donner au mouvement.
Par ailleurs, les agents des transports publics (SNCF, RATP), dont des délégations ont participé aux manifestations des fonctionnaires, se réuniront de nouveau en assemblées générales pour décider de la reconduction de leur grève, qui dure depuis une semaine. «Consciente que seul le maintien et le renforcement du rapport de force actuel peut permettre de gagner sur leurs revendications», la fédération FO-Cheminots les appelés «à rester unis dans leurs AG» et à «s’exprimer démocratiquement sur la reconduction de la grève, à laquelle FO les appelle». Dans la perspective de la réunion tripartite prévue mercredi, la quasi-totalité des AG de la SNCF et de la RATP ont d’ores et déjà reconduit le mouvement pour la journée de mercredi. «Les cheminots sont toujours aussi décidés à défendre leur régime spécial de retraite», a commenté Eric Falempin (FO-Cheminots). Une pierre dans le jardin de l’Elysée, dont le locataire Nicolas Sarkozy, a réaffirmé mardi qu’il «ne cèdera pas et on ne reculera pas».