Hier, devant l’Assemblée nationale, le Premier ministre a fait comme si la démocratie sociale était une option. Le discours de politique général prononcé mardi à l’Assemblée nationale par le Premier ministre François Fillon a pour le moins hérissé les syndicats. Il faut dire que le Chef du gouvernement a semblé, à travers ce discours, vouloir les cantonner au rôle de figurants sur un certain nombre de mesures ou de réformes, y compris celles qui font actuellement l’objet de négociations avec le patronat, sur le contrat de travail, l'assurance-chômage et la «sécurisation» des parcours professionnels.
«Nous avons invité (les interlocuteurs sociaux) à nous faire des propositions précises, notamment sur l’évolution du marché du travail. À la fin de l’année, elles devront être mises sur la table. Si tel n’est pas le cas, le gouvernement prendra ses responsabilités sans faillir », a averti ainsi M. Fillon avant de plaider pour le «contrat unique de travail, la réforme du mode d’indemnisation du chômage, la fusion de l’ANPE et de l’UNEDIC».
De même, sur la «représentativité» des organisations de salariés – autre sujet ouvert à la discussion entre syndicats et patronat – il a estimé qu’elle «devrait reposer sans équivoque sur le critère de leur audience parmi les salariés, et cela à tous les niveaux de négociation». Dans cette perspective, a ajouté M. Fillon, il faudra instituer une «élection à un seul tour, ouverte à chaque syndicat légalement constitué dans l'entreprise».
Les retraites, autre sujet qui peut illustrer la rigidité du discours du Premier ministre. Alors que loi portant son nom prévoit de remettre à plat en 2008 tous les paramètres de financement des retraites dans le cadre d’une vaste concertation, M. Fillon a indiqué que «l'allongement de la durée de cotisation n'est pas une option (et) aura lieu au terme de la procédure prévue par la loi», soit 41 ans en 2012, à raison d'un trimestre supplémentaire de cotisation par an entre 2008 et 2012.
C’est peu dire que les syndicats ont peu apprécié cette manière méprisante de considérer la démocratie sociale en anticipant de la sorte le résultat des négociations entre les interlocuteurs sociaux. «En terme de méthode, le Premier Ministre n’accorde qu’une place mineure à la négociation, puisqu’il fixe les objectifs, le calendrier et les résultats des négociations à venir», a fustigé FO. Et ce d’autant plus que l’organisation est en désaccord sur certaines annonces comme la «fusion UNEDIC-ANPE», «l’objectif de 41 ans de travail pour la retraite en 2012» ou encore le «contrat unique de travail»…
La CGT a eu, pour sa part, «l'impression un peu désagréable que l'avis du gouvernement est déjà tranché sur toute une série de réformes et de mesures», comme s’il mettait un « revolver sur la tempe» des interlocuteurs sociaux. La CFTC refuse, elle, que les négociations se terminent «comme le souhaite le gouvernement» ou alors ce seraient des «négociations alibi». La CFDT a critiqué également cette méthode» qui préjuge des «conclusions» de négociations», tandis que la CGC disait craindre que le Premier ministre ne «mette la charrue avant les bœufs». En tous cas, pour FO, «il est exclu que la liberté de négociation soit remise en cause». C'est aussi une question de démocratie…